Colloques et congrès

L’argument de l’affect dans l’historiographie médiévale en castillan - Journées d'études d'EREMM à Bordeaux

Affect Eremm
Cette double journée d’Étude -Jeudi 17 et vendredi 18 novembre- à l'Institut Cervantès de Bordeaux organisée par Ghislaine Fournés,  portant sur l’historiographie médiévale en castillan a pour objet  de mettre au jour les représentations et codifications de l’affect afin d’analyser le (ou les) mécanisme(s) qui, dans les chroniques, quelles soient royales ou particulières, fait de l’argument de l’affect, qui n’est pas l’argument ad misericordiam, une preuve. 

Programme en ligne PDF - Contact : ghislainefournes[at]gmail.com

En tenant compte des usages sociaux, culturels et, partant, politiques propres à la société castillane médiévale, il s’agira également de discerner dans quelle mesure l’affectif est séparé du cognitif ou, en d’autres termes, dans quelle mesure l’argument de l’affect apparaît (ou non) coupé de la raison. Tenter de répondre à ces questions devrait permettre d’appréhender par un biais nouveau la teneur et la portée, politiques et également littéraires, de cette production textuelle spécifique.  L’art d’argumenter, au Moyen Âge, se fonde essentiellement sur la Rhetorica ad Herennium et sur le De inventione de Cicéron. Vers le XIIIe siècle, en Occident, la grammaire devient la science générale du langage et de l’art verbal, et elle comprend les figures de style (exornationes ou colores rhetorici) ainsi que le commentaire d’œuvres  littéraires (enarratio poetarum) : le discours est bien un instrument de persuasion à travers l’emploi de certaines figures rhétoriques, de topoï, et d’arguments formels et/ou empiriques. Cependant, l’art de l’argumentation suppose également, au-delà du respect de la logique et du recours à une rhétorique particulière, la prise en considération de la relation qui s’instaure entre les partenaires, dans notre cas entre celui qui narre les faits historiques et son destinataire. Il s’agit pour l’historiographe de convaincre, de persuader de la véracité du récit et, surtout, de susciter l’adhésion, intellectuelle mais aussi affective, de son lecteur à son propre positionnement. Parmi les arguments de valeur mis en œuvre dans une triple perspective de légitimation, crédibilité et captation, l’argument de l’affect semble bien être un ressort présent dans les chroniques écrites en castillan du XIIIe au XVe siècle. À rebours de saint Augustin qui regardait l’affect comme l’indicateur par excellence de l’état déchu de l’humanité, les chroniques castillanes n’hésitent pas peindre, et donc à provoquer chez leur public, les différentes strates de l’affectivité, émotions, sentiments, humeurs, afin de conforter la pertinence de leur message, explicite et/ou implicite.  L’argument de l’affect relevant de l’ethos et du pathos apporterait un supplément de preuve au logos et tendrait à capter l’auditoire, en provoquant émotions et réactions.